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Le comité de sélection du Festival de la BD vient de terminer la lecture de tous les albums parus cette année. Ses 7 membres sélectionnent 40 titres soumis au jury du prochain festival. Un travail titanesque.

Source : Charente Libre


Un mètre cube de bandes dessinées décortiqué, estime Jean-Pierre Mercier. Entre 1 000 et 1 500 albums scrutés, a compté Mathieu Charrier. « Je suis incapable de dire combien j’en ai lu, ça me fait peur… », rigole Ezilda Tribot. Ces trois Charentais font partie du comité de sélection du Festival international de la bande dessinée (FIBD). Leur travail est titanesque: lire tout ce qui se publie en matière de neuvième art dans l’année et choisir les 40 albums de la sélection officielle (1). Le comité rassemble 7 lecteurs assidus (2), qui planchent en gros de mars à novembre. Leur choix sera rendu public demain.« Au début, on va à La Poste récupérer les paquets une fois par semaine, à la fin, c’est tous les jours, note Jean-Pierre Mercier, conseiller scientifique de la Cité. C’est plutôt amusant de lire des BD. Mais s’astreindre à lire 5 à 10 bouquins par jour, vers la fin, ce n’est plus le rythme habituel. « On reçoit toutes les BD qu’on veut nous envoyer », précise Mathieu Charrier, journaliste à Europe 1. Ezilda Tribot, responsable du pôle jeunesse au FIBD, a essayé de tenir à jour un tableau pour noter tout ce qu’elle lisait: « C’était flippant. Je n’ai pas réussi à le tenir ».Face à cette avalanche de livres, Jean-Pierre Mercier est très méthodique: « Je range selon les éditeurs, je me fais un système de repérage ». Il montre son petit carnet rouge, qu’il remplit au fur et à mesure: « Je note tout. L’auteur, le titre, l’éditeur, la catégorie, avec des + et des -« . Mathieu Charrier commence par lire une dizaine de pages: « Si j’estime que ça ne vaut pas le coup, je mets de côté ». Ezilda Tribot souligne: « Une bonne BD, c’est d’abord un bon scénario. Une bonne histoire qui prend le lecteur ».Le conseiller scientifique de la Cité résume: « 5 à 10% des livres ne nous parlent pas du tout, et 5 à 10% de livres nous embarquent tout de suite. Et puis il y a le reste, où on se dit: “Il y a quelque chose” ». Chaque lecteur entre sur un fichier partagé les albums qui lui semblent dignes d’intérêt, avec une note sur 5. Ils sont alors lus attentivement et notés par tous les membres du comité.

 

Régulièrement, ils se réunissent à Paris pour affiner et défendre leurs choix. « Les discussions sont souvent très animées, sourit Ezilda Tribot. On s’engueule, mais on s’entend tous très bien. C’est chouette de se retrouver pour parler de lecture. » Jean-Pierre Mercier souligne: « Ce qui est bien, c’est qu’on a des sensibilités très différentes ». Il glisse: « C’est un exercice de frustration permanent. Il y a des choses auxquelles on tient énormément, mais qu’on doit lâcher parce qu’on est tout seul à les défendre ». Mais il y a parfois le bonheur d’emporter l’adhésion. La permanente du FIBD avoue: « Je ne lisais pas de manga. Aujourd’hui, c’est le genre qui me surprend le plus ».

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

On a tous une grande exigence. On travaille pour Angoulême. Nous faisons les choses avec énormément d’attention

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Ezilda

Ezilda Tribot

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

On parlait tout le temps de BD avec les potes. J’ai toujours fait un trafic: acheter, revendre pour racheter

De retour chez soi, il faut relire: « C’est la partie la plus délicate et la plus intéressante », estime Jean-Pierre Mercier. Au fil des mois, la saturation arrive. « L’été, c’est bien, on a le temps, on est dans de bonnes dispositions », sourit Ezilda Tribot. Mais à partir de la rentrée, quand les piles de bouquins s’accumulent impitoyablement, « sincèrement, ça devient une overdose », ajoute-t-elle. Et pourtant, « jusqu’au dernier jour, il y a de bonnes surprises ». »On nous laisse une liberté totale », raconte Mathieu Charrier. Jean-Pierre Mercier insiste: « On a tous une grande exigence. On travaille pour Angoulême. Nous faisons les choses avec énormément d’attention ». Au bout du compte, malgré les renoncements de chacun et les compromis passés, « tout le monde se retrouve dans la sélection », souligne le journaliste d’Europe 1. « Les trois sélections auxquelles j’ai participé, j’en suis contente, je les trouve équilibrées », poursuit la responsable du pôle jeunesse. Qui se dresse: « On ne peut pas critiquer le comité. C’est un boulot de fou ». Auxquels s’ajoutent 10 albums pour la sélection jeunesse, 5 pour le patrimoine et 5 pour le polar. Outre Jean-Pierre Mercier, Mathieu Charrier et Ezilda Tribot, le comité rassemble Nicolas Albert, journaliste; Charles Ferreira, libraire; Thomas Mourier, FIBD; Juliette Salin, journaliste.

Leurs avis

 

Jean-Pierre Mercier, psychopathe de lecture. «Gamin, je lisais tout. Je suis un psychopathe de la lecture. Je lisais aussi de la BD, et j’ai continué ado. C’était la bonne période, celle de Tintin, Pilote, Charlie Hebdo et Hara Kiri.» Successivement éditeur de BD, bibliothécaire pour enfants, journaliste spécialisé en BD, il est ensuite recruté à Angoulême à la fin des années 80 pour monter la bibliothèque de la Cité, puis comme conseiller scientifique. »

 

Ezilda Tribot, « Je suis d’ici, je suis d’ici!», dit-elle pour justifier son amour de la BD. « A la maison, il y avait les classiques: Tintin, Astérix. J’étais une grande amoureuse de Gaston.» Au lycée et à l’université, elle s’ouvre à d’autres horizons: «Pratt,le coup de foudre absolu. Sfar.» Dès 18 ans, elle participe au festival, donne un coup de main chaque année.Permanente du FIBD depuis 2007, elle est en charge du pôle jeunesse.

 

Mathieu Charrier, « pas le choix »«Je suis né à Angoulême, je n’ai pas vraiment eu le choix!» Il a suivi tous les festivals. «Sauf un, parce que j’étais en classe de neige.» «On parlait tout le temps de BD avec les potes. J’ai toujours fait un trafic: acheter, revendre pour racheter.» Entré à Europe 1, il a tout naturellement suivi l’actualité de la BD.

 

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