aveugle1

 

 


Expérience de lecture inédite proposée par Ilan Manouach dans la rotonde du Vaisseau Moebius sur toute la durée du festival d’Angoulême.

Par Cinthia Engelbach


 

 

 

 

 

aveugle2

 

 

 

 

 

 

03_02_2016_1

 

Une lecture à l’aveugle, qui se fait dans un noir intégral, ou quasiment. Du « jamais-vu », si l’on osait l’expression. À travers son nouveau projet itinérant conçu pour le tout public et intitulé « Shapereader » – littéralement « lecteur de forme » – cet artiste d’origine grecque transforme les mots et les significations en formes tactiles. Disposant sur de larges panneaux de bois sculpté un certain nombre de motifs narratifs, il offre au visiteur la possibilité unique de lire et de comprendre un récit en bande dessinée grâce au seul toucher.

Le projet Shapereader est issu d’un constat par défaut : l’art, en tant qu’expérience essentiellement visuelle, n’a que trop peu considéré l’apport que pouvaient constituer les autres sens, et en particulier les possibilités du discernement et de la représentation à travers le toucher. Or, depuis quelques années, la tendance semble s’inverser. Les milieux de l’art contemporain, musées, galeries ou tout autre institution, commencent à intégrer dans leurs propositions de parcours des expérimentations alternatives qui font directement appel à la perception par le toucher.

Ilan Manouach se fait témoin de ces évolutions. « Le toucher effectue un véritable come-back dans le monde artistique, comme s’il était besoin de le réactiver, note-t-il. Cela passe par une envie de faire en sorte que le public s’engage dans un acte demandant d’aller au-delà du Do not touch ! placardé sous les cartels d’œuvres des grands musées. » Désormais, le visiteur est lui aussi souvent invité à « mettre la main à l’œuvre » et à toucher, caresser, malaxer une matière en relief. Il y a dans ces tentatives de nouvelles approches une idée de connaissance qui passerait par la reconnaissance, qu’elle soit d’objets, de formes ou de textures.

Ilan Manouach a toujours été très impliqué dans le domaine de la recherche artistique. Après un master d’arts plastiques obtenu à Bruxelles, l’Athénien devient auteur chez l’éditeur belge La 5e Couche, bien qu’il signe très rarement ses œuvres de son propre nom, et lui-même doublement éditeur dans sa ville natale – ayant fondé une première maison de traduction de bande dessinée d’une part et une autre d’ouvrages politiques. Il y a deux ans, il a eu l’idée de transposer les expériences tactiles dans l’art contemporain à sa propre pratique artistique, la bande dessinée.

Tout a débuté suite à une résidence artistique effectuée en Finlande. llan Manouach répond à un appel à projet lancé par l’Institut finnois Koneen Säätiö (le financeur du futur Shapereader) ayant trait au multilinguisme. Intéressé par les questions de langage et d’accessibilité de l’art et d’autres domaines à tout public, y compris aux personnes souffrant de déficience visuelle, il a profité de cet appel pour réfléchir à la question des barrières linguistiques. « La bande dessinée a tellement été pensée comme un médium uniquement visuel, déplore-t-il, or, je me suis interrogé sur le moyen de concevoir un processus d’écriture qui se ferait avec d’autres moyens auxquels nous sommes relativement peu habitués. » Le projet Shapereader prend peu à peu naissance à travers la conception d’une aventure littéraire qu’il souhaite rendre tactile, et qu’il conçoit sous la forme d’une exposition.

 

Intégralié de l’article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *