Marianne Jaegle

Suissesse de Tunis née un 24 juin à Lausanne, elle n’a pas d’attache particulière : de nulle part, comme on dit.

Longtemps, elle a souffert de ne pas réussir à écrire. Un empêchement dépassé grâce à des ateliers d’écriture.

Agrégée de lettres, elle a présidé les ateliers d’écriture Elisabeth Bing, et écrit.

Son dernier roman, « Vincent qu’on assassine » (l’Arpenteur – Gallimard) retrace les deux dernières années de la vie de Van Gogh. Il ne s’est pas suicidé mais a été tué, peut-être par accident…

On cite Marianne:

Etre artiste, c’est chercher toujours et n’être jamais satisfait.




Votre musique de coeur ?

J’ai une relation ambivalente à la musique. Elle me gêne dans les lieux publics, je la déteste quand elle m’est imposée, quand elle est utilisée comme bruit de fond, je la vis comme une gêne, quelque chose qui serait là pour me détourner de mon univers intérieur ou pour interdire tout dialogue authentique entre les autres et moi. Il y a bien évidemment des musiciens que j’ai écouté avec passion, et parmi eux je range Chopin et Eric Satie.

Par ailleurs, en écrivant Vincent qu’on assassine, j’étais habitée par une réminiscence d’ordre musical.
Il s’agit de cette phrase du pianiste Arthur Schnabel, que rapporte Claude Roy dans Les rencontres des jours. Parce qu’on l’interrogeait au sujet de l’extraordinaire qualité de son jeu, Arthur Schnabel a fait cette réponse mystérieuse : “Je ne donne pas les notes mieux qu’un autre, mais pour les silences entre les notes, je suis incomparable.”
Cette réponse, qu’on pourrait prendre pour une boutade, s’est révélée pour moi profondément inspirante. J’ai eu le sentiment, en retraçant les deux dernières années de la vie de Vincent Van Gogh, d’écrire des événements que tout le monde connaissait, d’utiliser des notes que tout le monde avait jouées avant moi. J’ai travaillé sur ce que le lecteur savait, en m’appuyant dessus, et en écrivant des chapitres courts et discontinus, entourés des blancs de la page. Et ce faisant, je me suis efforcée de faire entendre quelque chose qui jusque là n’avait pas été dit. Dans les intervalles entre les différents épisodes pourtant bien connus, j’ai essayé de faire résonner une intensité, une vibration émotionnelle silencieuse qui jusque là n’avait pas été jouée

J’étais également attentive à quelque chose de la justesse du son dans les discours de mes personnages. Bien souvent, j’ai utilisé une phrase lue dans la correspondance de Vincent comme une note initiale, qui me donnait l’impulsion d’une scène à écrire, mais aussi comme le “la” auquel je tâchais, afin d’éviter toute dissonance, toute note fausse, de m’accorder.

 

Votre livre de chevet ? (qui peut être le Journal de Mickey)

Le livre qui a le plus compté dans ma vie, c’est A la recherche du temps perdu. Il a très certainement compté parce que c’est l’histoire d’un homme qui se résoud enfin, après avoir tenté toute sa vie durant d’échapper à cela, à devenir l’écrivain qu’il est. En ce sens, ce livre a fonctionné pour moi comme une marche à suivre.
J’en retiens mille et une images, mille et une idées, et notamment celle-ci : « Je m’apercevais que pour exprimer ces impressions, pour écrire ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer, puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur. » Marcel Proust
Je vérifie en écrivant la justesse de cette affirmation : pour moi, tout est dans l’effort de justesse de transcription d’une réalité (intérieure ou extérieure). Il n’y a pas d’invention nécessaire, même dans l’écriture de roman, seulement cet effort-là.

 

La dernière chose que vous ayez apprise ?

Il faut compter dix ans, répète Vincent dans sa correspondance, pour faire un peintre. Dix ans de travail acharné. Après quoi, on peut espérer parvenir à quelque chose.
Il n’est pas le seul à assigner cette durée à l’apprentissage. Je la trouve également dans un recueil d’anecdotes zen, qui montre un débutant dans la pratique du zen, allant interroger un maître.
« Maître, combien de temps faut-il pour apprendre le zen ?
« Il faut dix ans », répond également le maître.
Le débutant, impatient d’arriver à la maîtrise de cet art, s’incline alors respectueusement et reprend : « Et si je fais plusieurs fois tous les exercices que vous donnez, que je m’entraine au réveil, le soir, durant les week-ends, que je prends des cours particuliers en plus et que je fais des stages pendant mes vacances ?
– Dans ce cas, répond le maître avec gentillesse, il faudra vingt ans.
J’aime cette logique déroutante des orientaux. Dans le désir de l’élève et la réponse ironique du maître, je reconnais totalement mon avidité, mon impatience, la méconnaissance de la nature de l’apprentissage dont j’ai fait preuve.
Voilà sans doute pourquoi il m’a fallu vingt ans de travail pour réussir enfin à écrire un texte que j’aurais moi-même eu envie de lire si je l’avais trouvé en vente en librairie. Après ces vingt années, je comprends que la publication n’est pas si importante que ce que je croyais ; que j’écrirai toute ma vie même si je ne trouve pas d’éditeur et que je dois ranger l’un après l’autre dans un tiroir tous les manuscrits que je produis. Après vingt ans de travail acharné, je découvre cette phrase dans la correspondance de Vincent et je la fais mienne. Etre artiste, c’est chercher toujours et n’être jamais satisfait.

 

Une actualité ?

La parution de mon deuxième roman, Vincent qu’on assassine, dans la collection l’Arpenteur, chez Gallimard, qui retrace les deux dernières années de la vie de Vincent Van Gogh.


 

Vincent qu’on assassine

Collection L’Arpenteur, Gallimard

Parution : 22-04-2016

Auvers-sur-Oise, juillet 1890.
Vincent Van Gogh revient du champ où il est allé peindre, titubant, blessé à mort. Il n’a pas tenté de se suicider, comme on le croit d’ordinaire. On lui a tiré dessus.
Inspiré par les conclusions des historiens Steven Naifeh et Gregory White Smith, ce roman retrace dans un style épuré les deux dernières années de la vie du peintre et interroge sa fin tragique.
Qui est responsable de sa mort? Pourquoi l’a-t-on tué? Comment la légende du suicide a-t-elle pu perdurer cent vingt années durant?
En montrant Vincent Van Gogh aux prises avec son temps, avec ceux qui l’entourent et avec la création, le roman rend justice à un homme d’exception que son époque a condamné à mort.

 
 
 

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Van G

 
 
 

richard lindner

 
 
 

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