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Né en 1968, à Maisons-Alfort… et écrivain.

François Prunier, travaille d’abord en bibliothèque, en librairie, en maisons d’édition. Il publie son premier roman Martin Roi, chez Stock en 2003. Salué par la critique, il est suivi de En Terre Hostile, chez le même éditeur en 2005. Son dernier texte, Ma Laisse, paraît chez La Margouline ces jours-ci.

A son actif aussi des recueils de poèmes inédits.

François Prunier est par ailleurs analyste financier. On le cite :

« Il existe une règle tacite qui interdit d’avouer qu’on n’aime pas Proust.  »


 

Votre musique de coeur ?

J’aime tellement de musiques différentes, du classique à la variété française et internationale, que je suis bien incapable de répondre à cette question. C’est un peu comme lorsqu’on vous demande quel est votre plat préféré : je suis bien incapable de répondre !

Un(e) peintre chéri(e), ou une toile…

Jean Béraud. Un de ses détracteurs m’a dit un jour que c’était de la peinture « anecdotique ». Pour moi, c’est au contraire un grand peintre. Ses scènes d’apparence souvent anodines en disent long sur son époque, sur l’être humain et sur l’invisible derrière l’évidence. Elles sont chargées d’une nostalgie qui me va droit au cœur.

J’aime la simplicité, le réalisme. Je n’aime pas le style flouté des impressionnistes. Et je déplore d’autant plus qu’ils aient fait ce choix que j’aime leurs thèmes. Je crois comprendre la peinture abstraite, qu’elle soit symbolique, qu’elle invite à ressentir une émotion ou qu’elle cherche une harmonie, mais je préfère la figuration. En revanche je n’aime que moyennement les paysages et très peu les portraits.

Bien sûr, il n’y a pas qu’une seule façon de peindre, comme il n’y a pas qu’une seule façon d’écrire. Et tant mieux. On se lasserait sinon. Mais j’ai comme tout le monde mes préférences.

Et la photo ?

J’aime les photos qui montrent des scènes de rue ou de la vie quotidienne apparemment anodines. J’aime qu’elles soient empreintes de nostalgie. Les vieux clichés en noir et blanc me touchent, mais je crois qu’on peut obtenir le même effet avec une photo en couleur prise aujourd’hui. Il suffit de bien choisir la scène, de saisir le moment. C’est plus facile à dire qu’à faire. Sans doute faut-il rester « ouvert », « disponible », sans rien attendre.

La sculpture, ça vous parle ?

Oui. J’aime les statues, les monuments, l’architecture, mais aussi les jardins.

Un film qui vous aime (ou l’inverse)

Trop de beaux films pour en sélectionner un ! Là encore, il y a des cinéastes chez qui tout est dans le style et d’autres chez qui c’est le fond qui importe. Ma préférence va à ces derniers. J’aime qu’un film me raconte une belle histoire, me parle de l’être humain. J’aime les films romanesques et les biopics.

Êtes-vous jeu vidéo, multimédia ?

Assez peu. Mais je déplore que la technique des jeux vidéo soit essentiellement développée vers le jeu. La beauté des décors de certains jeux vidéo montre qu’on pourrait faire autre chose : créer des villes imaginaires dans lesquelles on se baladerait, par exemple.

Votre livre de chevet ? (qui peut être Le Journal de Mickey)

Impossible de répondre : il y a tant de belles œuvres, y compris dans la bande dessinée.

Le livre qui vous a le plus ennuyé ?

Il ne mérite pas d’être cité. En revanche, la longue et lente Recherche du Temps Perdu, que j’ai lue jusqu’au bout, contrairement à la plupart des gens qui prétendent aimer Proust sans oser avouer qu’ils le détestent, mérite qu’on dise la vérité à son sujet : c’est un échec. Proust avait certes de vrais thèmes : le désir, l’amour, la jalousie, la nostalgie, l’art et l’Au-Delà. Son œuvre voulait être à la fois un témoignage de son milieu, de sa vie personnelle et une ouverture mystique. Mais tout est noyé dans des détails insipides et des lapalissades. Son écriture est lourde et prétentieuse. Ses phrases sont trop longues et son lyrisme est artificiel. En outre, il se laisse parfois aller à des scènes grotesques (Charlus mimant un duel, par exemple). Je le respecte pour son projet, mais les snobinards qui prétendent l’aimer m’agacent au plus haut point : ce sont des hypocrites. Il existe une règle tacite qui interdit d’avouer qu’on n’aime pas Proust. Céline et Rachilde l’avaient enfreinte.

Une pièce de théâtre en mémoire ?

Oh Les Beaux Jours, de Beckett, quel coup de poing à l’estomac, quelle claque ! A ne surtout pas voir quand on est déprimé. Et à voir de préférence quand on est jeune et encore loin de l’échéance à laquelle nous devrons tous verser notre ultime tribut.

Et la danse, dans tout ça ?

Je respecte, je peux apprécier, mais ce n’est pas mon art préféré.

Opéra ?

Comme la danse…

En deux mots (ou trois), quelle est votre recherche ?

J’en poursuis trois. Une recherche romanesque, une recherche poétique, une recherche spirituelle.

J’essaie d’écrire des romans qui soient faciles à lire, émouvants et instructifs. Il y a deux façons de comprendre : avec la raison et avec le cœur. Les essais s’adressent à la première et les romans au second. Certaines choses ne peuvent se comprendre qu’avec le cœur. Je veux parvenir à des récits captivants sans trop utiliser la facilité de l’intrigue.

J’essaie de développer de belles métaphores dans mes poèmes, mais aussi de condenser dans une ou deux phrases simples des vérités profondes.

Je travaille depuis de nombreuses années sur un essai qui se présente comme un ensemble de notes. Je crains de ne jamais parvenir à « l’unifier » en un texte qui se déroulerait de façon cohérente. Je voudrais y fixer ma vision des choses et du monde. Je crois que les Grecs étaient bien plus proches de la vérité que toutes les religions monothéistes, mais aussi que les athées ou que les Bouddhistes. Je crois que les choses sont à la fois beaucoup plus simples et beaucoup plus complexes qu’on le pense.

La dernière chose que vous ayez apprise ?

Elle est d’ordre intime. Elle concerne une certaine forme de fragilité.

Vous n’aimez pas, mais vraiment pas…

La violence, la calomnie, la méchanceté, l’hypocrisie. Je n’aime pas trop non plus la bêtise ambiante.

Jean Béraud

 

 

Photo d'une rivière par temps gris

 

Si on vous dit « Arts visuels » ?

J’aime le cinéma, les séries télévisées, la bande dessinée. On y trouve comme en littérature des chefs d’œuvre et des productions sans intérêt. L’informatique et le multimédia ouvrent de nouvelles portes. Tout est à faire.

Parlez-vous documentaire ? Voire fiction radio ?

Un bon documentaire est aussi enrichissant qu’un bon roman. En matière de fiction radio, on nous livre souvent des choses décevantes… Il y a pourtant matière à de belles créations.

 

Proust, vu par Tullio Pericoli
Proust, vu par Tullio Pericoli

 

Si on vous dit « Spectacle vivant » ?

Le théâtre, le cirque, les concerts…

 

Beckett, par Pericoli
Beckett, par Pericoli

Votre actualité ?
 
Un roman Ma Laisse. On y suit le quotidien d’un père de famille, un doux dingue qui a l’obsession d’être tenu en laisse par une femme. C’est un livre qui parle du masochisme masculin.
 
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